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Comment gérer le harcèlement entre les enfants ?

Le harcèlement … un sujet subtil et des situations difficiles à gérer car il y a dans la majeure partie des cas, une charge affective et émotionnelle très forte. Les statistiques actuelles disent que 10% des enfants subissent des harcèlements.

Mais le harcèlement qu’est-ce que c’est ?

Un enfant à l'état de nature est capable d'être terriblement violent, terriblement vulgaire, dépravé, contrairement à ce que peut nous faire croire Rousseau. (Cf Émile ou De l’éducation)

Une des vertus du film Hunger Games est de nous faire prendre conscience qu'une jeunesse innocente, qui serait belle et sans tâche n’est en réalité qu’un rêve.

 

Crédit Photo : Warren Wong - Unsplash

ROLES ET STRUCTURE DU HARCÈLEMENT

On retrouve généralement dans tous les harcèlements le schéma suivant : une victime/ un coupable, un harcelé/ un harceleur.

Chez les jeunes le harcèlement est souvent collectif mais il y a au départ une relation entre deux individus avant qu’une « dynamique de groupe » n’aggrave le phénomène.

En règle générale, le mouvement du harcèlement ressemble à celui d’un boomerang. 

1) Le futur harcelé : On se trouve en présence d’un jeune qui ne va pas bien, qui a besoin d’être reconnu dans le groupe, de se faire accepter, d’être accueilli, plus valorisé qu’il ne l’est ; qui va du coup « chercher » les autres.

Ex : un jeune dans une équipe de basket se trouvant plus petit en taille que les autres, avec une différence nette à cause de l’âge, va se mettre dans la disposition du harcelé.

Celui-ci se trouve en difficulté dans un groupe ; il est complexé ou en souffrance par rapport à ce dernier. Sans y être forcément marginalisé, il se perçoit lui-même en marge  du groupe. Il voudrait s’y intégrer et que le groupe soit un lieu qui lui révèle sa valeur. Il va alors tenter plusieurs approches avec plus ou moins d’habileté. Son objectif plus ou moins conscient est d’entrer en contact avec le groupe et de s’y faire accepter d’y être reconnu comme un « pair ». La difficulté chez ce jeune tient à la faiblesse de ses moyens de communication dans une entité qui peut être homogène et compacte, voire impénétrable. Il va s’exprimer parfois en pensant que l’environnement est bienveillant, sans filtre et s’exposer au regard des autres en s’exprimant maladroitement. Il se met alors à « faire son malin », à la « ramener », à avoir des réponses un peu péremptoires attirant l’attention sur lui pour le meilleur et parfois pour le pire. Car le groupe peut être cruel …

C’est à ce stade que la situation peut déraper. Cette attention tant désirée va se retourner contre lui, comme l’objet de son propre supplice.

Au bout d’un moment, en forçant la relation, en cherchant à trouver sa place de manière maladroite, en étant collant avec celui dont il veut être l’ami, il accumule les maladresses. Le retour de boomerang commence parfois par une parole moqueuse, un geste de rejet, une moquerie publique, un message sur la toile … Les choses peuvent alors très vite s’emballer.

Ex : ce jeune basketteur taquine donc de manière répétitive et sa maladresse dérape. Le « taquiné » va avoir une parole offensante pour y répondre : « t’es un nain, tu mettras jamais un panier et d’ailleurs c’est pour ça qu’on te fait jamais de passe ! » En relisant la remarque qui lui est adressée, même si celle-ci n’était pas fondée au départ, elle va devenir vraie. L’enfant se sentant offensé va réinterpréter cette parole.

« ah oui c’est vrai ils ne me font jamais la passe et une fois j’ai même marqué un panier contre mon camp… »

Son manquement va lui être rappelé régulièrement et les faits vont s’accumuler et alourdir son cœur. L’insécurité dans le groupe auquel il n’est pas intégré va s’accroître, il est maladroit, on le lui rappelle, il pense alors qu’on lui en veut alors qu’au départ il n’existait rien de tel.

 

2) Le harceleur qui n’avait pas de volonté de nuire au départ, va avoir son succès dans le groupe ; son ego s’en trouve flatté et le mécanisme suivant se met en place : « pourquoi ne pas recommencer puisque ça a connu son petit succès ? ». A ce moment-là peut s’installer un schéma à caractère répétitif voire systématique (on le répète sans forcément d’intention à la base).

Ex : le jeune basketteur/harceleur pousse l’autre par terre, le plus jeune tombe et tout le monde s’esclaffe. Finalement, chaque fois qu’ils vont se retrouver dans le vestiaire aux entraînements, la scène se répète. Au bout d’un moment, le jeune basketteur « victime » tombe à force d’encaisser n’en peut plus. Mais il ne dit rien à son entourage et encore moins à l'entraîneur. La suite peut aller très loin : dépression, anorexie…

Il y a donc un dérapage malsain, un glissement toxique dans lequel la situation s’est aggravée. On retrouve bien le schéma « harcelé/ harceleur » avec la constitution d’un nouveau schéma : le « harceleur et sa cour » face au « harcelé ». Terrible « jeu de rôle ». 

 

 

 

3)La cour : les courtisans « complices » sont eux-mêmes piégés et incapables de prendre de la distance, ni de modifier leur mode de fonctionnement. Ils se prêtent au jeu, parfois cruels, mais aussi rassurés de ne pas être du côté du “harcelé”.

Ils se voient plus ou moins dans une dynamique de groupe qui leur procure du plaisir ; et cela l’emporte à leurs yeux. Complicité n’est pas communion ; ils le pressentent mais n’ont pas le courage de rompre avec le fonctionnement grégaire dans lequel ils se sont installés.

PIÈGES A EVITER À ET CONDUITE À TENIR

En tant qu'éducateur, il est important de prendre les choses au sérieux mais sans « s’enflammer ».

La tentation de l’éducateur, surtout s’il est jeune, peut-être de punir fortement le harceleur et sur-réagir. Le danger qui guette l’éducateur est de faire sien le sentiment d’injustice causé par une empathie trop profonde avec la victime. Forcément, plus nous sommes responsables d’un groupe au sein duquel un événement s’est produit, plus nous sommes impliqués affectivement. Le risque ici est de punir par indignation au lieu de sanctionner au terme d’un processus de mise en lumière de la situation. 

Le danger est donc d’écraser le harceleur sous sa faute, d’avoir des paroles destructrices: dire par exemple au jeune sa profonde déception… les choses devenant personnelles et affectives, l’acte éducatif sera vidé de sa substance.

L’éducateur, comme tout responsable qui se sait responsable, porte aussi un sentiment de culpabilité, surtout si les dommages ont été graves.  Tous ces sentiments de l’adulte doivent inciter l’éducateur à ne pas régler seul cette situation. Il doit rendre compte à son N+1 et être accompagné dans ce processus qui consiste à rendre la justice, au sens régalien du terme.

Ex : le responsable du groupe des basketteurs, sans en référer à quiconque ni demander conseil à d’autres, a puni le jeune de manière disproportionnée et exclu de l’équipe le harceleur le plus emblématique.


L’éducateur, doit donc :

  • Protéger la victime et reconnaître les faits. Cela suppose de le faire parler, lui faire raconter les choses. L'éducateur doit demander pardon au nom de l’institution dont il doit rappeler les valeurs fondamentales. Il peut être très souhaitable que plusieurs adultes soient ensemble, de manière concertée partis prenante de cette étape. Parents, responsable de groupe ou associatif, chef d’établissement : car les excuses formulées ne sont pas d’abord d’ordre affectif, dans un tête-à-tête : elles sont celles d’un monde adulte et de la société en charge de protéger l’individu et spécialement le plus faible. Il y a quelque chose à réparer dans la relation au monde adulte qui, d’une manière ou d’une autre, a été défaillant.
  • L’éducateur doit bien retracer l’histoire exacte du déroulé des faits car en général se sont passées plusieurs choses en amont et on doit en tenir compte : le harcèlement est un enchaînement de causes.
  • Faire raconter au coupable le déroulé des faits ; le harceleur doit pouvoir donner sa version des faits, dire quelle est sa responsabilité. Il s’est parfois laissé entraîner sur cette voie sans en mesurer la gravité. Il sait que ce qu’il a fait est mal et il le savait déjà avant mais cela ne doit pas l’empêcher d’exprimer les sentiments qui ont amené à ce genre d’actes. Il faudra en effet pouvoir s’appuyer sur ces points pour l’aider à monnayer autrement ses sentiments à l’avenir. ( ex : Dorénavant quand tu seras exaspéré par un gars collant , comment procéder ?)
  • Il est nécessaire de réfléchir sur la façon dont le groupe lui-même a fonctionné : complaisance, complicité… Il est important de mettre au jour les comportements du harceleur et de ses complices afin de trouver une sanction ajustée pour le harceleur et le groupe en question.
  • Toujours garder à l’esprit que chez les jeunes, dans le harcèlement, les acteurs ont rarement conscience de la portée de leurs actes. Ils n’ont qu’une conscience partielle du retentissement de leurs agissements (notamment psychologique) Ceci est vrai et du harceleur et du harcelé ; de ce fait l’adulte se doit d’éclairer la conscience du ou des coupables sur la gravité de l’acte et la part de responsabilité personnelle.
  • Se poser la question de l’éventuelle carence de l’éducateur face au groupe.
  • Il est très important de maîtriser la communication quant à la crise vis-à-vis des parents, des éducateurs, du groupe…

 

PRÉVENTION DU HARCÈLEMENT

 

Afin de prévenir les situations de harcèlement chez les jeunes, on peut proposer une grande vigilance quant aux points suivants :

  • ne se fier à personne (chez les enfants), certains enfants ont « des têtes d’ange » et peuvent se transformer en bourreau. Les enfants ont cette capacité de dualité alternativement ou simultanément. Ils peuvent être cruels. Ne jamais partir du postulat de départ qu'avec tel jeune on n’aura jamais de souci. 
  • En début de chaque activité (camp, semaine de patronage..) redire un certain nombre d’évidences aux jeunes :
    • s’ils rencontrent le moindre problème il faut venir en parler aux éducateurs, c’est un « devoir » (à ce moment il est important de désigner avec précision plusieurs éducateurs afin que l’enfant puisse s’adresser en ayant le choix des personnes). Redire cette évidence permet aux enfants les plus fragiles notamment d’être rassurés ; du côté des animateurs ceux-ci se chargeront de vérifier que les enfants ont bien entendu. Les animateurs pour cela doivent être en capacité de se mettre toujours dans la position du plus faible.
    • la relation entre petits et grands ne doit pas être une relation de peur. Le plus faible doit avoir rang égal avec le plus grand : on a tous charge du plus faible. Il n’est jamais superflu de le rappeler avant chaque séjour si court soit-il. Pour expliciter le type de relation que l’on veut obtenir, il est bon d’utiliser un exemple concret avec la population qu’on a sous la main et le faire jouer (on choisit par exemple un grand et un petit et on leur demande de se serrer la main, se présenter…). Parler de la moquerie et des dynamiques de groupe malsaines vs saines
    • Si quelqu’un est témoin de la souffrance d’un autre, il est important qu’il le signale (lorsqu’un jeune vient se confier, il est important de saluer son courage).
  • Nécessité de faire des formations aux éducateurs sur le harcèlement et ses mécanismes pour qu’ils soient avertis et vigilants. Pour aiguiller les animateurs dans leur réflexion on peut leur poser les questions suivantes : pourquoi cet enfant ne sourit pas ? (signe de détection), que peux-tu me dire sur cet enfant ?, qu’as-tu observé ?, quelle espérance as-tu pour cet enfant pour le temps que vous passez ensemble ?
  • Etre toujours en alerte, c’est à dire observer et écouter en permanence : si on entend une parole douteuse, chercher à savoir d’où cela vient, vers qui cela est dirigé…
  • Être conscients du fait que certains enfants harcelés ne viendront jamais solliciter l’adulte car ils craignent que son intervention n’ aggrave la situation.

 

UNE SOLUTION SPIRITUELLE POUR SORTIR DU HARCÈLEMENT

 

Pour sortir de cette situation de crise, en plus d’une prise en charge éducative, une prise en charge psychologique peut-être nécessaire. Celle-ci s’avère souvent précieuse quand le harcèlement n’a pas été traité. Les traces laissées auront besoin d’être travaillées.

Nous pouvons proposer (cela peut être le rôle de l’aumônier) un chemin de guérison par les prières de guérison. Il faudra aussi réfléchir aux prières de protection afin de consolider son système de protection chez l’enfant victime. Il lui faudra apprendre à se défendre, faire venir le bien sur cet enfant, les bienfaits de Dieu, l’aider à être délivré de sa position victimaire…

 

 

*Focus pour les éducateurs en milieu scolaire ou périscolaires*:

UN ACCOMPAGNEMENT SPECIFIQUE VIS A VIS DE L'ENTOURAGE OU DES PARENTS DE L'ENFANT HARCELE

 

La situation reste très délicate et nécessite d’être réglée de visu. Certaines choses ne sont pas audibles pour des parents à cause du lien affectif viscéral qui les lie à leur enfant (par exemple : « votre enfant a fait du mal », « votre enfant allait mal » …).

Il est essentiel que cette situation soit réglée par un adulte (ou plusieurs) et non par des personnes trop jeunes n’ayant pas forcément le recul nécessaire même s’ils ont les diplômes et la formation requise. La relation aux parents du harcelé comme du harceleur suppose de « faire autorité ».

C’est un cas où la personne qui traite doit avoir une certaine légitimité vis à vis des parents car on atteint un certain niveau de gravité.

Il faut d’abord faire entendre aux parents du harcelé que la situation est prise en main, qu’on a conscience de la gravité des faits. Par rapport à ceux du harceleur, il est aussi nécessaire de leur expliquer qu’on prend cette situation au sérieux et que l’objectif n’est pas de stigmatiser leur enfant mais d’éclairer sa conscience et par là même le faire grandir.

Une fois le mode de fonctionnement du « harceleur » détecté, on sera en mesure de juger si celui-ci est trop incrusté auquel cas il faut séparer les enfants concernés (temporairement ou définitivement).

 

Ce qu’il faut retenir :

Il convient de rester garant de la justice, d'installer l'enfant dans sa situation de victime, mais aussi dire que le coupable aurait pu ne pas se comporter ainsi et qu'il y a peut-être (sûrement) un mécanisme qui l'a amené à agir de cette manière. Rendre la justice est l'exercice le plus difficile pour celui qui a l'autorité, qui suppose une bonne distance.