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Comment gérer le harcèlement entre les enfants ?

Le harcèlement … un sujet subtil et des situations difficiles à gérer car il y a dans la majeure partie des cas, une charge affective et émotionnelle très forte. Les statistiques actuelles disent que 10% des enfants subissent des harcèlements.

Mais le harcèlement qu’est-ce que c’est ?

Un enfant à l'état de nature est capable d'être terriblement violent, terriblement vulgaire, dépravé, contrairement à ce que peut nous faire croire Rousseau. (Cf Émile ou De l’éducation)

Une des vertus du film Hunger Games est de nous faire prendre conscience qu'une jeunesse innocente, qui serait belle et sans tâche n’est en réalité qu’un rêve.

 

Crédit Photo : Warren Wong - Unsplash

Précisément, quand il est dit que « l'homme est un loup pour l'homme », les enfants sont capables d'être des prédateurs. Ils ont une capacité de violence et un des rôles de l'éducation est de savoir se canaliser, de telle sorte que cette violence soit réorientée et sublimée pour devenir une puissance créatrice, quelque chose qui va construire.

 

Dans les situations de harcèlement, cette violence s'exprime de manière assez nette et parfois bestiale, méchante. Cela peut d’ailleurs venir d'enfants qui ne sont pas fondamentalement méchants. Mais même un enfant gentil peut avoir des comportements méchants.

 

Un enfant harcelé est facilement identifiable, par ses professeurs, éducateurs… Au bout d'un moment, il faut espérer que la chose éclate au grand jour. Le pire, c'est quand cela n'éclate jamais ou très tard. Si l’enfant ne le fait pas de lui-même, les éducateurs doivent le faire.

 

Dans le harcèlement, on identifie une victime et des coupables. Cela a l'air assez simple à analyser. On se dit « il faut punir les coupables ».

Mais en réalité, c'est toujours beaucoup plus compliqué que cela.

On n’a jamais vu un cas de harcèlement qui soit, en fait simple. Dans le mécanisme de harcèlement, on s'aperçoit que dans 9 cas sur 10, la victime était d'abord, d'une certaine manière, un peu coupable. Cela est parfois inaudible pour les parents, parce que les parents d'un enfant victime disent tout de suite : « mais vous êtes en train d'inverser la chose en accusant notre enfant, alors qu'il est victime ».

Voilà l’exemple d’un cas qui a eu lieu au Bon Conseil :

Au basket, on voyait qu’un garçon était un peu plus petit que les autres et au basket, à 13/14 ans, la taille compte beaucoup. On se compare beaucoup, d'autant plus qu'il y a des écarts de taille énorme. Certains n'ont pas encore déclenché leur puberté, d'autres sont déjà de grands échalas etc. Ce garçon, se sentant un peu inférieur, complexé, commence à aller titiller les plus grands. Les plus grands, quand ils en ont marre se mettent à frapper.

Résultat : 9 contre 1. Qui est la victime ?

Très souvent, la victime, en premier lieu, a été en recherche de quelque chose : intégration dans un groupe, reconnaissance, acceptation dans la meute.

Quand on parle de comportements bestiaux, on fait référence à cela : il faut que la personne ait sa place dans la meute. Ne sachant pas communiquer et entrer en contact, ou en le faisant de manière maladroite, ou en le faisant en utilisant un mode d'expression qui fait écho à une carence éprouvée, ne parvenant pas à s'intégrer, l'enfant provoque, cherche à attirer l'attention, joue les fiers à bras.

 

Finalement, il utilise un moyen qui est absolument maladroit, voire exaspérant. Ou alors il insulte, et sort des obscénités, très classique à l'âge pré-pubère, on parle de sexe comme si on était un gros connaisseur pour essayer de se faire remarquer.

 

Reprenons l'exemple du basket, une fois que le grand qui en avait assez a envoyé valser le petit et que ce dernier a littéralement volé, cela a fait rire tout le monde autour. Voyant la réaction des autres, le grand a apprécié son petit succès et a donc recommencé régulièrement. Puis ensuite, il l'a traité de minus, a appuyé là où ça fait mal parce qu'à ce moment, on va chercher le point faible. Et systématiquement après, c'était : « toi le minus, toi le minus » et tout le monde rit.

Évidemment, la majorité aboie avec la grande gueule. Il y a un conformisme de groupe qui s'installe, qui devient une violence de groupe. Mais individuellement, personne n'est conscient qu'il est en train d'opérer une violence de groupe, il n'y a pas de conscience, ni individuelle, ni peut être même collective qu'à ce moment-là, on est en train de faire violence à quelqu'un.

 

Ce qui est très net, c'est que plus ils sont jeunes, moins ils ont conscience de la gravité de l'acte qu'ils posent.

Le garçon de 13 ans a commencé à avoir des idées noires, à parler de suicide, ne dormant plus la nuit. Quand l’entraîneur s'est aperçu de cela, sa réaction a été calamiteuse. Il a été dire au groupe de coupables, et spécialement au méchant coupable identifié, « je suis très déçu, vraiment vous me décevez beaucoup. » Il a pourri la tête du grand et l'a viré de l'équipe pour plusieurs matchs.

 

Il a pris les choses de manière affective, car on se fiche que l’entraîneur soit déçu.

Le sujet est plutôt : où est l'injustice là-dedans ?


Comment, nous, en tant qu'adulte et éducateur, nous devons rétablir la justice, un ordre juste ?

Ici, la personne qui a réglé le conflit a commencé par reconnaître à la victime, son statut de victime : « C'est inadmissible, ce qu'il s'est passé est scandaleux et choquant. Est-ce que tu peux, toi, m'expliquer comment tu en es arrivé là ? »

A ce moment-là, il y a eu un certain embarras. L’enfant était à la fois en confiance parce qu'il était reconnu comme victime, mais il y avait une gêne.

Ensuite, on fait venir le coupable. Les parents du coupable disent : « C’est bon maintenant il en a été suffisamment puni par l’entraîneur, pas besoin d'en rajouter »

Sauf que l’objectif n’était pas de lui pourrir la tête, mais de le faire parler. Il reconnaît facilement : « J'ai eu tort, je lui ai fait du mal etc. » Puis vient la question : « comment on en est arrivé là ? » Le grand dit que pendant des semaines, l'autre l'a cherché, et qu'au bout d'un moment, il n'en pouvait plus. Les autres du groupe confirment tous plus ou moins. C'est ainsi qu'un phénomène grégaire, un phénomène de troupeau s'est mis en place.

 

Pour les parents du « harcelé », c'est très difficile à admettre que leur fils, qui est victime, a pu avoir un comportement maladroit, blessant, vulgaire ou choquant qui a incité cette réaction. Pourtant, historiquement, quand on refait le film, c'est bien ainsi que cela s'est passé.

 

Cela ne veut pas dire que chacun est méchant, ni le coupable, ni la victime, cela ne veut pas dire qu'ils sont plus méchants que la moyenne. Mais ils ont adopté un mode de fonctionnement où ils se font mal, où ils se sont fait du mal.

 

Ils sont restés prisonniers de ce mode de fonctionnement, d'où la nécessité de l'intervention de l'adulte pour les y arracher et créer un autre type de relation.

 

Il y a eu ensuite la rencontre de toute l'équipe, pour pointer du doigt la responsabilité collective, l'incapacité à dire : « Non, on arrête », le conformisme stupide de ceux qui en réalité, ne sont que des suiveurs. Il y a eu une faute collective, l'équipe a été suspendue, toute l'équipe.

 

2/3 mois plus tard, reprise de contact avec la famille du harcelé pour savoir si les parents, et la victime, voulaient bien que le coupable soit réintégré avant la fin de l'année. Histoire qu'on n'en reste pas là. Le garçon veut bien, le coupable et réintégré. Il y a eu une reprise avec l'équipe pour bien comprendre que la sanction exprimait la faute commise, mais qu'au bout d'un moment aussi, une fois que le message est passé, il est possible et nécessaire de lever une partie de la sanction, de tourner la page.

 

Le plus compliqué a été de faire admettre aux parents de la victime comment tout cela s'était élaboré petit à petit et qu’il ne s’agissait pas d’un acte purement gratuit.
Pourquoi ? Parce que leur enfant, c'est leurs tripes, il y a une charge émotionnelle énorme. Il fallait leur raconter le scénario pour qu'ils réalisent ce qui c'était vraiment passé.

 

Ce qui est assez délicat, c'est qu'aucun des enfants, ni la victime ni le harceleur, n'avait conscience du mal qu'ils étaient en train de faire. Ils ne pouvaient pas savoir à quel point ce qu'ils étaient en train de faire pouvait dévaster la personne en face. Ils font quelque chose de grave, mais une bonne partie des effets de cet acte grave est invisible, échappe à leur conscience. Ils ont une conscience éclairée sur un point : ils savent qu'ils font du mal et ils savent qu'ils sont lâches.

Mais ils ne sont pas suffisamment éclairés pour savoir les conséquences de cette affaire.

 

La volonté de régler l'affaire découle de la volonté de ne pas les enfermer dans l'acte mauvais qu'ils avaient posé, dont ils n'avaient pas une conscience totale. Ils ont quand même vu après que c’était grave, ce qu'ils avaient fait, parce que la sanction était lourde (forfait du championnat). Pourtant, la sanction tenait compte du fait qu'ils n'avaient pas tout à fait conscience de la dévastation que pouvaient entraîner leurs comportements.

Ce qu’il faut retenir :

Il convient de rester garant de la justice, d'installer l'enfant dans sa situation de victime, mais aussi dire que le coupable aurait pu ne pas se comporter ainsi et qu'il y a peut-être (sûrement) un mécanisme qui l'a amené à agir de cette manière. Rendre la justice est l'exercice le plus difficile pour celui qui a l'autorité, qui suppose une bonne distance.

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